Le vendredi 10 juin, notre frère le Cardinal Anders Arborelius, OCD, a reçu la Médaille de SM le Roi de Suède, le ruban de l’Ordre des Séraphins, 12ème degré, pour ses contributions significatives à la vie de l’église suédoise et internationale. La cérémonie de remise des médailles a eu lieu au Palais Royal de Stockholm. Nous félicitons notre frère pour cette récompense !

Dans une interview donnée aux rédacteurs en chef des revues culturelles européennes de l’Ordre des Jésuites, le 19 mai dernier, et paru dans La Civiltà Cattolica, le Pape a donné notre frère comme exemple. À la demande « comment évangéliser dans une culture qui n’a pas de tradition religieuse ? » comme la Suède, le Pape François s’est référé à notre frère :

« Je ne sais pas comment répondre à cette question, pour vous dire la vérité. Car seuls ceux qui vivent là, dans ce contexte, peuvent comprendre et découvrir les bons chemins. Je voudrais toutefois citer un homme qui est un modèle d’orientation : le cardinal Anders Arborelius. Il n’a peur de rien. Il parle à tout le monde et ne s’oppose à personne. Il vise toujours le positif. Je pense qu’une personne comme lui peut indiquer la bonne voie à suivre. »

https://www.laciviltacattolica.fr/entretien-du-pape-francois-avec-les-editeurs-des-revues-de-culture-europeenne-des-jesuites/

 

Le Père Général, Fr. Miguel Márquez Calle, a visité la Province de Notre-Dame du Mont Carmel (Brésil Sud). Le voyage du Père Général au Brésil s’inscrivait dans le cadre de la Visite Pastorale Générale, effectuée du 25 avril au 28 mai, par le Définiteur, le P. Martín Martínez Larios.

Le Père Général a rencontré les frères réunis en assemblée pour réfléchir sur les forces, les faiblesses et les possibilités de la présence carmélitaine dans cette région. Il a également participé à la Rencontre du Carmel Séculier et à la Rencontre de la Fédération Notre-Dame du Mont Carmel des moniales Carmélites. Ce furent des journées intenses de réflexion, d’étude, de partage et de convivialité fraternelle. La visite nous a permis de reprendre conscience que nous ne pouvons pas marcher seuls, car un Carme ne vit bien sa vocation qu’en communion avec ses frères et sœurs.

 

La rencontre des Supérieurs Majeurs du Carmel Déchaussé en Europe et au Moyen-Orient s’est tenue à Lisieux (France) du 30 mai au 3 juin 2022. Vingt et un frères ont pu faire le déplacement. Le Père Général, le Fr. Miguel Marquez, ainsi que les deux Définiteurs responsables de l’Europe, les frères Roberto Maria Pirastu et Christophe-Marie Baudouin, étaient également présents.

La session a été consacrée à la mise à jour des statuts de la Conférence, à la collaboration au niveau de la formation en Europe, notamment la question du second noviciat, à la rencontre européenne des étudiants Carmes et aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Lisbonne en 2023.

Un nouveau président de la Conférence a également été élu : le Père Fausto Lincio, de la province de Lombardie.

Le séjour à Lisieux a été l’occasion pour les frères de visiter les lieux liés à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, notamment le Carmel, la maison familiale des Buissonnets, et la Basilique.

 

La CICLA (Conférence interrégionale du Carmel Thérésien de l’Amérique latine) a célébré sa réunion triennale dans la ville de Mexico du 19 au 23 avril, en présence des provinciaux, commissaires, délégués et vicaire régional, à savoir les frères Evertón Berny, Emerson Santos, Carlos Ospina, Leonel Ceniceros, Jacinto de los Santos, Milton Moulthon, Rodrigo Segura, Alfredo Amesti, Ricardo Prado, Cristóbal Domínguez, Robin Calle, Obdulio Penayo. Le Père Luis Beltrán n’a pu être présent pour des raisons de visa.

Le thème de la rencontre était « Tel est votre conversation, tel est votre langage » (C 20,4). Cela exprimait notre volonté de réfléchir sur les caractéristiques communes qui définissent la façon dont le charisme carmélitain est vécu en Amérique latine. Nous avons divisé l’ordre du jour en trois moments : passé, présent et futur (planning) de la CICLA.

CICLA passé. Nous nous souvenons de « la race d’où nous descendons », ces personnes qui ont joué un rôle important dans le renouvellement du charisme carmélitain en Amérique latine.

CICLA présent. Nous partageons les éléments caractéristiques de notre façon de comprendre et de vivre le charisme carmélitain au niveau personnel et provincial.

La manière d’aborder les sujets est du type témoignage, le tout dans une atmosphère de dialogue fraternel et confiant. Nous remercions toutes les personnes présentes et prions pour les fruits de la réunion.

 

Le 18 mai 2022, le Saint-Père a nommé notre frère, le Père Ángel Zapata Bances OCD évêque de Chimbote, au Pérou.

Le Père Ángel est né le 3 août 1959 dans la ville de Lima. Il est entré dans l’Ordre des Carmes Déchaux en mars 1979, a fait sa première profession le 14 mars 1982 et sa profession solennelle à Rome en 1986. Le 22 mars 1987, il a été ordonné prêtre à Lima, dans la paroisse de Santiago Apóstol (Lima, Pérou).

De 1984 à 1987, il a étudié la théologie au Teresianum, à Rome (Italie). De 1993 à 1997, il a obtenu un baccalauréat en théologie et une licence au Teresianum, à Rome.

Le Père Angel a occupé les fonctions suivantes : formateur (1986-1999, au Pérou et à Rome, Italie), vicaire paroissial et curé (1997-2008 au Pérou) ; vicaire régional et commissaire au Pérou (1999-2005 ; 2008-2016) ; conseiller du Vicariat (2005-2007). Depuis 2018, il était curé de la paroisse carmélitaine de San José, à Jesús María (Lima) et, depuis 2017, supérieur de cette même communauté de Carmes Déchaux.

Que le Seigneur le bénisse dans cette mission où il l’a appelé. Les prières de sa famille du Carmel thérésien l’accompagnent.

 

La 5ème rencontre de l’OCDS de la CICLA-Sud a eu lieu dans la ville de Cochabamba, en Bolivie, du 20 au 24 avril 2022. Elle est composée de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, du Paraguay et de l’Uruguay. Le thème du congrès était « Déchausse-toi !« . Les conférences ont permis de comprendre ce que cela veut dire d’être déchaussé dans le cadre de l’OCDS et de trouver ainsi des moyens concrets de le mettre en pratique.

Le congrès s’est déroulé dans une atmosphère de concorde et de fraternité. Les conférences ont été suivies à la fois en présentiel et via Internet. Les participants ont pu interagir et approfondir les sujets abordés. Le congrès était très bien organisé: il y a eu des moments de travail ensemble, de réflexion personnelle et de récréation fraternelle. Et la nourriture était abondante! Nous avons tous eu le plaisir de goûter aux spécialités culinaires de la Bolivie: des repas provenant de différentes régions du pays ont été servis chaque jour.

La 5ème rencontre de l’OCDS de la CICLA-Sud en Bolivie a permis de répandre des semences dans le cœur de tous ceux qui ont vécu cette expérience. Cela portera sûrement beaucoup de fruits dans la vie des Séculières du Carmel de cette région et du monde entier. Lors de ce même congrès, il a été décidé que le prochain CICLA-Sud se tiendrait en Uruguay en 2025.

 

C’est avec joie et gratitude que les formatrices de l’Association Sainte Thérèse ont enfin pu se réunir, du 7 au 12 mars dernier, pour la première fois en présentiel. Nous avions dû annuler la rencontre en novembre 2020 à cause de la pandémie.

En mars, les formatrices sont venues de tous les États-Unis et deux du Canada pour se retrouver en Louisiane, au Renewal Center de Maryhill, pour une rencontre en présentiel, comme le prévoit la Cor Orans 119. Notre rencontre a été animée par le Père Daniel Chowning OCD, qui nous a donné de belles conférences sur L’art de la recherche du visage de Dieu.  Après chaque conférence, nous nous sommes divisés en petits groupes pour travailler sur les questions qu’il nous a soumises, afin de réfléchir plus profondément aux sujets évoqués.

Ce fut une semaine très fructueuse. Nous avons rapporté dans nos communautés respectives de nombreux éléments de réflexion et un intense désir de nous engager dans une formation plus en profondeur. Il nous a été très profitable de partager avec les autres communautés et formatrices sur la façon dont la formation se déroule au sein de chacune d’elles.  Nous avons toutes pu constater à quel point l’Esprit Saint guide notre vie religieuse et notre formation religieuse sous la vigilance de notre Sainte Mère l’Église.  Comme le dirait sainte Thérèse, nous avons la chance de pouvoir nous appeler Filles de l’Église.

 

La Commission chargée de mettre à jour la Ratio Institutionis de l’Ordre, révision souhaitée par le dernier Chapitre Général, a tenu sa première rencontre via zoom le 4 avril dernier. La Commission nommée par le Père Général Miguel Márquez est composée des frères suivants :

Martín Martinez (président de la commission – Mexique), Jean-Baptiste Pagabeleguem (secrétaire – Iberica, Délégation provinciale d’Afrique de l’Ouest), Daniel Chowing (coordinateur -Washington), Halluendo Amit (Philippines), Tadeus Dim (Nigeria), Antony-Joseph Pinelli, (Paris), Juan Miguel Henriquez Tobar, (Collège international, Rome), Johanes Gorantla (Seminarium missionum, Rome).

Cette première rencontre a consisté en une prise de contact, un partage sur les services de formation et les souhaits quant à la mise à jour de la Ratio. La richesse de la diversité des frères de la commission, des cultures et des langues est un défi et un élément constructif. L’un des désirs de la commission est que la Ratio soit mise à jour avec des critères pratiques qui intègrent des expériences d’appropriation du charisme, mais qu’elle soit aussi l’œuvre de tous les frères de l’Ordre et pas seulement le fruit des réflexions de la commission. Par conséquent, les formateurs et les personnes en formation seront invités, au moyen d’un questionnaire à établir, à évaluer la Ratio actuelle et à faire des suggestions pour sa mise à jour.

La prochaine session de travail aura lieu le 12 juin.

 

Les Carmes d’Autriche célèbrent les anniversaires ces prochaines années :

  • les 400 ans du Carmel thérésien en Autriche, avec la fondation du monastère de Vienne, le 04 février 1622 ;
  • les 350 ans de la fondation du monastère de Linz, le 19 septembre 1674 ;
  • les 300 ans de la consécration de l’actuelle église des Carmes à Linz, le 25 septembre 1726.

 

Les années jubilaires se sont ouvertes le 28 mai 2022 avec une messe solennelle présidée par le cardinal Christoph Schönborn OP, archevêque de Vienne.

Cet événement est le premier d’une série d’actes prévus pour célébrer les années jubilaires. Il y aura, par exemple, une exposition sur le Carmel thérésien « 400 ans d’amitié avec Dieu ». Communauté – Prière – Dons », qui sera présenté cet été à Vienne et à Linz. L’exposition évoque l’histoire de l’Ordre, mais aussi la vie quotidienne, les saints et notre spiritualité.

La figure du Père Dominique de Jésus Marie OCD (Domingo Ruzzola – 1559-1630), qui a fondé l’Ordre en Autriche, jouera un rôle important au cours des années jubilaires. Plusieurs livres sur lui seront publiés, un symposium sera organisé et une petite exposition permanente lui sera consacrée dans l’église des Carmes de Vienne-Döbling.

En outre, deux expositions d’art contemporain (de Gottfried Löcker OCDS et Sonja Meller) sont prévues. L’objectif de ces expositions est de rendre la spiritualité et le charisme du Carmel thérésien plus visibles et être exprimés de manière nouvelle.

Les dates exactes de tous ces événements seront régulièrement publiées sur la page d’accueil du Carmel thérésien d’Autriche (www.karmel.at).

 

Le 13 mai 1997, le Père Camillo Maccise, alors Général, a créé la Province d’Amérique Centrale, qui est composée de 6 pays : Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, El Salvador, Guatemala. Le 13 mai 2022, le 25e anniversaire de la fondation de cette Province a été célébré au cours d’une messe célébrée dans la paroisse de San Juan de la Cruz au Salvador et présidée par Mgr Oswald Escobar Aguilar OCD.

Cette année marque également le début d’une nouvelle étape : le 13 mai, a eu lieu la première Rencontre Provinciale des Conseils du Carmel thérésien : moniales – frères – séculiers. Elle est le fruit de plusieurs années de collaboration et de dialogue entre les trois branches de l’Ordre.

En cet anniversaire, nous félicitons nos frères et sœurs, et remercions le Seigneur pour tout le travail déjà accompli. Nous souhaitons que leur devise continue d’être : « Aventuremos la vida« .

 

Le 13 mai, une Journée Académique a été organisée au Teresianum (Rome) pour célébrer le 25ème anniversaire du Doctorat de Sainte Thérèse de Lisieux.

Lors de la session du matin, les professeurs le P. François-Marie Léthel a présenté « L’histoire d’une âme comme synthèse théologique » et le P. Bruno Moriconi a évoqué « Thérèse de Lisieux, une femme forte ». Au cours de la session de l’après-midi, les professeurs P. Francesco Asti, Sr. Antonella Piccirilli et P. Emilio Martínez ont abordé le thème « Pourquoi le Doctorat de Sainte Thérèse de Lisieux est-il important aujourd’hui ? ». Sur la chaîne YouTube du Teresianum www.youtube.com/c/teresianumroma, vous pouvez (re)voir leurs conférences.

À 18 heures, le Père Général Miguel Marquez Calle, OCD, Grand Chancelier du Teresianum, a rendu hommage aux Pères Léthel et Moriconi. Il a exprimé son admiration à nos deux conférenciers et les a remerciés pour toutes ces années de dévouement à l’enseignement et à la recherche universitaire. Après quoi, le numéro spécial de la Revue Teresianum, “Studi in onore di Bruno Moriconi ocd e François-Marie Léthel ocd”, réalisé en hommage à nos deux professeurs, leur a été remis.

Nous concluons avec les mots du Père Général : « Merci, cher Père et Frère François-Marie, pour votre passion et votre enthousiasme dans tout ce que vous faites et vivez. Merci car votre vie et votre dévouement sont « pour les âmes ». Merci pour votre volonté de vivre ce que Dieu propose avec l’esprit d’un disciple, ce qui est le meilleur enseignement d’un vrai maître. Merci, cher Père et Frère Bruno, pour votre humanité, pour avoir montré le côté plus humain de la théologie, pour avoir mis le Christ au centre, pour l’art de dire les choses importantes avec des mots simples, pour nous avoir enseigné des vertus praticables par des personnes ordinaires. »

 

L’Eucharistie avec les sœurs de Kharkiv est un moment précieux de prière, d’action de grâce et de chant qui exprime espérance et vie.

Je suis très touché par ma rencontre avec elles. Au cours de la matinée, jusqu’à la dernière seconde, nous avons partagé ce que nous avions vécu. Les sœurs ont besoin de me raconter ce qu’elles ont vécu. La panique, la peur, le bruit des bombes qui approchent, l’incertitude, jusqu’au dernier moment la réticence à partir, un départ sans avoir le temps de réfléchir, la présence du pasteur, de l’évêque qui chemine sur une route peu sûre pour les rejoindre et célébrer l’Eucharistie, les réconforter et les entourer. Les dialogues communautaires avec une diversité d’opinions. Les doutes et la prière pour demander la lumière. L’évêque leur a adressé une parole qui a laissé tout le monde sous le choc : demain matin à la première heure, vous devez partir, le danger est imminent (la veille, elles avaient décidé de rester malgré le danger). Mais peu après, il s’est montré encore plus pressant et sans aucune discussion possible. « Dans une heure, les voitures seront à votre porte et vous devrez partir ». Il faut consommer le Saint Sacrement et recueillir le strict nécessaire… Et emprunter un chemin d’insécurité, en évitant les zones de danger. Que d’angoisse avant d’atteindre une zone sûre. La perte de l’une des deux voitures et l’inquiétude jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée. Les heures d’attente à la frontière et le fait de laisser derrière soi le pays qui a été leur maison pendant toute leur vie pour les huit sœurs ukrainiennes et pendant plusieurs années pour les trois sœurs polonaises et la sœur slovaque. Tout a basculé et poussé à ce départ lorsque sont arrivées les nouvelles des atrocités de l’armée tchétchène et russe sans scrupules. (Dans toutes les chroniques de ces jours-ci, j’ai omis les détails non nécessaires que mes oreilles et mon cœur n’oublieront pas).

J’écoute, émue aux larmes. Et entre-temps, elles me fêtent avec des chants de Pâques et avec une joie qui me fait pleurer, car je ne comprends pas comment sont possibles tant de douleur et tant de vie débordante. Telle est la joie que je perçois chez elles face à ma visite et à ma présence en ces jours de grande incertitude. Et je déborde de joie face à leur gratitude. La Mère Prieure a les larmes aux yeux lorsqu’elle relate leur histoire. Et les sœurs aussi.

Elles me demandent de leur dire quelques mots pour vivre ce moment. Je leur dis que le OUI le plus important est celui qui est prononcé dans le moment présent, quel qu’il soit. Jean de la Croix et Thérèse de Jésus ont vécu les heures les plus fécondes de leur vie dans les moments les plus difficiles, de plus grande persécution et de plus extrême fragilité. Avant d’atteindre la Terre Promise que Dieu veut vous donner, cette étape que vous traversez est un moment privilégié d’alliance et d’abandon. Nous sommes venus au Carmel pour donner notre vie. Nous n’avions jamais imaginé où le Seigneur nous emmènerait, mais nous savons que, où que nous allions, Il sera notre demeure et notre consolation infinie. Le Carmel renaît aux heures de plus grande pauvreté.

La présidente de la Fédération, qui a été pour elles une véritable mère et leur a tout préparé, est là aussi présente. De même que la Provinciale des Sœurs de Saint-Joseph qui les a accueillis en ce lieu qu’elles avaient justement aménagé pour accueillir des familles de réfugiés ukrainiens. Une vraie providence de Dieu.

Nous avons échangé quelques mots. Mais surtout, des accolades, aussi sincères que nécessaires en cette heure froide et incertaine. Ils m’ont offert une belle statue de Notre-Dame d’Ukraine, qui se trouve désormais près de mon lit.

Nous nous disons au revoir avec une bénédiction, je les bénis et je me sens béni en elles. Elles nous font leurs adieux dans la rue avec guitare et tambour, si pleines de joie que je ne voudrais pas les quitter. Tout le Carmel s’est réjoui de cette communion fraternelle. Et toute l’Ukraine peut être sûre que le Carmel dans son ensemble prie sans cesse et sans répit pour la Paix.

Avant de quitter Częstochowa, nous avons rendu visite aux Carmélites de cette ville, qui attendent dans l’église avec impatience ma bénédiction. Ce fut une visite très rapide et très agréable.

Mon périple à travers l’Ukraine et la Pologne touche à sa fin. Je n’oublierai jamais ce que j’ai vécu. Une blessure s’est ouverte en moi et je ne veux pas qu’elle guérisse. Je trouve cela difficile à assimiler, et le constat de ce que j’ai vu me laisse intérieurement sans voix. Je me suis laissé toucher sans crainte d’écouter, de voir, de sentir, de pleurer, de m’indigner… et je me suis laissé embrasser par ceux que j’allais consoler. J’ai étreint des frères qui semblent forts et qui réconfortent bien des personnes et qui ont besoin d’être consolés et soutenus. J’ai accueilli leur regard avec gratitude. J’ai béni une jeune femme soldat qui me demandait de prier pour elle avant de partir au front, et j’ai été désarmé par le sourire d’une jeune femme qui a perdu tout ce qu’elle avait dans sa maison à Marioupol.

Merci de m’avoir accompagné sur cette terrible route au cœur de la guerre. Nous sommes tous en guerre. Et nous devons être unis. Nous devons nous tenir prêts avec les armes de la lumière. Que personne ne nous enlève notre sourire et notre espérance: c’est le plus grand trésor que je rapporte d’Ukraine. Ce ne sont pas de pauvres gens massacrés, c’est un peuple qui renaîtra de ses cendres parce qu’il a la foi, et leurs plaies nous invitent tous à vivre et à nous tenir debout.

Merci pour vos prières. Mon dernier mot est celui des remerciements des gens simples, des frères, des moniales et des religieuses, le sourire des enfants et le baiser des grands-mères serrant fort mes mains et les embrassant. Ils vous sont reconnaissants à tous. Ils savent que vous continuerez, que nous continuerons tous à être à leurs côtés, quoi qu’il arrive. La bonté triomphera de l’horreur et de la cruauté. Je vous le promets.

Que Dieu nous bénisse tous. « La paix soit avec vous, c’est moi. N’ayez pas peur », dit Jésus, « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin ».

 

Le jour se lève sur Gwozdawa. Je me dépêche de me lever pour rejoindre les frères à l’heure de la prière. Auparavant, nous prions les laudes. La messe est après, à 7h20. L’église est pleine de personnes charmantes. Il y a des enfants au premier rang, des femmes âgées et quelques femmes d’âge moyen. Le groupe d’hommes est plus clairsemé. Jozef préside et me laisse l’homélie. Au début de la messe, Clémentina m’adresse quelques mots d’accueil avec une simplicité et une joie qui me touchent.

Avec ses mots, elle exprime la joie de ce petit village pour ma présence en temps de guerre, leur joie d’avoir les pères Maksymilian, Piotr et Jozef parmi eux, leur joie d’avoir la messe quotidienne. Ils me donnent un œuf de Pâques en porcelaine et des friandises.

À la fin de la messe, nous nous embrassons comme une véritable famille. Un par un, je bénis tous les fidèles par l’imposition des mains. Je leur donne les chapelets que j’ai apportés d’Espagne et que le Père Santiago, un frère bon et simple de 90 ans qui vit à Madrid, a fabriqués. Ils en sont très reconnaissants. Lorsque je les bénis, ils me tiennent les mains et m’embrassent sur les deux paumes, comme si c’était ma première messe. Ils me transmettent avec tant d’affection un goût nouveau pour le sacerdoce. Je prends quelques photos avec eux. Par la suite, je montrerai certaines de ces photos et dirai à mes amis que je suis tombé amoureux de ces gens. C’est moi qui suis béni.

Nous prenons le petit-déjeuner dans une ambiance festive et joyeuse. Je visite la maison et les environs avec les frères. Il s’agit d’un endroit paisible et tranquille à la campagne. Ils ne forment qu’une seule communauté avec Berdichev : celle-ci dessert ce lieu de silence et de retraite, prend soin de la piété et de la fidélité de ce petit village, si plein de foi et si éprouvé depuis l’époque du communisme.

Après avoir terminé avec Jozef l’interview d’Anastasia (la sœur honorate) pour le journal de l’Église en Ukraine, nous nous disons au revoir avec une gratitude mutuelle. Rafal de Berdichev nous a rejoint ce matin pour les adieux. J’embrasse et bénis les frères.

Le voyage jusqu’à la frontière dure 7 heures, avec deux arrêts. Au fur et à mesure que nous nous éloignons du centre du pays, la vie semble redevenir normale, bien qu’il y ait des checkpoints de temps en temps. Il y a plus de voitures et de stations-service en bonne état et rien de cassé. Après avoir vu les environs de Kiev, il est étrange de voir des villes dont les bâtiments sont presque tous debout et ne présentent aucun signe de guerre.

La route avec Vitaly et Olek, qui se sont à nouveau gentiment offerts pour m’emmener, est animée et pleine d’une vitalité amicale. Je leur suis très reconnaissant pour leur compagnie.

Nous atteignons la frontière et je suis triste de dire au revoir à ce pays, à ces frères, à Vitaly, mais je leur promets de revenir.

À la frontière, il y a une file d’attente d’environ 200 personnes, des familles et des enfants. Il commence à faire froid. Nous attendons pendant une heure et demie dans cette lente file d’attente. Pendant ce temps, des bénévoles et la Croix-Rouge nous offrent de l’eau et des couvertures, des poupées aux enfants, du chocolat et du thé… Ils passent encore et encore dans cette file de personnes en demandant si nous avons besoin de quelque chose. Je suis touché par cette humanité qui soutient l’exode du peuple ukrainien, en comparaison à la cruauté et à la barbarie dont j’ai été témoin hier.

Je franchis finalement les deux postes de police ukrainien et polonais, après être resté si longtemps debout. De l’autre côté, les ONG accueillent les personnes et leur offrent tout. J’accepte le chocolat des Espagnols et je salue les autres bénévoles.

Andrezj me récupère et nous partons pour Częstochowa, sans nous arrêter à Przemyśl. Je vais rendre visite aux Carmélites de Kharkiv. Elles sont hébergées par les Sœurs de Saint-Joseph dans un espace indépendant spécialement préparé pour elles. J’ai hâte de les retrouver.

Nous arrivons après minuit. Je suis accueillie par Sr. Ana María, la prieure, et deux autres sœurs. Nous nous saluons par cette accolade tant attendue. Le dîner est prêt. Nous discutons tranquillement malgré l’heure, bientôt 1 heure. Nous avons tant de choses à partager. Il y a tant de consolation dans cette profonde et véritable fraternité qui dépasse toutes les frontières et parvient à la communion par la langue de l’UNITÉ. Que de chaleur au milieu du froid glacial de notre monde ! Si seulement tous les êtres humains pouvaient bénéficier de cette tendresse fraternelle qui m’est donnée ! Si les petites filles violées ou les personnes abattues, si les familles bombardées ou les sans-abri pouvaient sentir cette chaleur de la Résurrection en eux ainsi que la chaleur de ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain ! Mais ce désir ne s’est pas encore réalisé dans cette terre meurtrie. Ne rêvons pas à des réconciliations inexistantes, car la Russie et Poutine ont toujours l’intention de massacrer l’Ukraine, qu’ils qualifient de « fasciste » – cruelle ironie. Par contre, prions avec une violence pacifique pour la vérité et la justice. Oui, qu’il y ait pardon, afin de guérir et de libérer les victimes brisées et les bourreaux cruels. Qu’il y ait la grâce qui guérit la profonde douleur de la Croix de notre temps, et qui remplit le tombeau vide de la proclamation d’une Vie Nouvelle invincible. Mais cette guerre est toujours là et il n’y a toujours pas de prise de conscience ni de la part de ceux qui l’alimentent et ni de ceux qui y consentent. Les bombes continuent de résonner dans le ciel et de tomber sur Lviv alors que nous traversons ses environs en cette fin d’après-midi de Lundi de Pâques. Nous avons encore tant à prier, tant à réveiller, tant à embrasser et à réconforter, sans baisser les bras.

Ne nous trompons pas. Le pardon de Jésus sur la Croix est aussi sur nos lèvres et dans nos cœurs : « Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il le disait du haut de la Croix. Mais les racines du mal et de l’horreur sont cachées et vivantes dans cette terre que nous foulons, et leurs bottes sont toujours prêtes à piétiner des êtres humains sans défense. Nous avons le devoir moral de nous armer pour cette guerre. Je vous invite à faire éclater au grand jour la violence des pacifiques en vous opposant à tant d’hypocrisie politique, à tant de mensonges idéologiques et à tant de lâches silences, à faire un front commun autour d’un évangile courageux avec une prière et une vie engagée.

Pardonnez-moi pour cette tirade. Je suis particulièrement agacé par le monde politique actuel. Je respecte les hommes politiques qui servent le peuple, qui ne racontent pas de mensonges, qui se battent sans être esclaves des idéologies de parti, les hommes politiques qui ne cherchent pas le pouvoir et ne sont pas narcissiques ; ceux qui bâtissent pour tous. Je ne supporte pas que l’on continue à discuter pour savoir si l’on est pro-Russe ou pro-États-Unis, si l’on est de droite ou de gauche, si l’on est pour le pape François ou le pape Benoît XVI… et tomber dans un piège stupide qui ne nous permet pas de voir la réalité du mal qui nous guette. Et la folie des dirigeants sans scrupules.

Je termine cette journée épuisé et heureux d’être avec mes sœurs.

 

Tant que je vivrai, je n’oublierai jamais ce dimanche de Pâques. Jamais.

La Vie se lève. Et tout particulièrement en ce jour de Pâques. Mais cette vie est née pour nous au cœur du supplice de la Croix et est devenue lumière dans le tombeau vide.

8 heures du matin : la célébration de l’Eucharistie commence dans notre paroisse de l’Exaltation de la Sainte Croix, de Kiev, par une procession autour de l’église paroissiale avec le Saint Sacrement. Il fait très froid, mais la petite église est pleine. La procession est une métaphore de la vie elle-même. Nous chantons la joie et la confiance en Sa Résurrection des morts. Lors de la célébration, on peut voir plusieurs soldats et policiers en uniforme vivre intensément ce moment.

Le Père Benedict préside et le Père Maciej, dont l’organisation PRO SPE se rend presque chaque semaine en Ukraine pour l’aide humanitaire, donne l’homélie. Ses paroles et sa présence sont aussi un don de communion ecclésiale en ces jours.

À la fin de la messe, les fidèles m’ont remercié de tout cœur. Ils m’offrent un sweat-shirt où il est écrit « Vive l’Ukraine », et des fleurs jaunes. Deux laïcs de la paroisse me remercient d’avoir eu le courage de venir comme le berger au milieu des brebis en danger et ont rendu grâce pour la vie des Carmes qui sont restés pour accompagner et prendre soin des gens. Ils nous disent qu’eux aussi ont besoin de l’attention et du soutien de tous pour continuer à soutenir et à encourager autrui. Ils chantent une chanson émouvante qui dit « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Je les remercie chaleureusement pour ces paroles belles et sincères. Je leur dis toute ma fierté pour mes frères, pour leur dévouement et pour leur présence ici. Je nomme chacun d’entre eux et je rends grâce pour leur vie. Je bénis toutes les personnes présentes. Je n’oublierai jamais ce dimanche de Pâques. Enfin, je leur fais un cadeau : une relique de la petite Thérèse et de ses parents, Zélie et Louis, mais également de Mariam de Bethléem. J’invoque la bénédiction de Dieu sur eux tous, sur leurs familles et sur toutes les familles qui ont perdu un être cher ces jours-ci : que la petite Thérèse illumine la nuit actuelle et que Mariam nous donne de vivre avec le Seigneur de la Vie dans l’humilité, et le ‘nada’ du tombeau vide la plénitude de la miséricorde. Ils accueillent ce cadeau avec une grande joie.

Après la messe, leurs embrassades et leurs sourires me comblent. Tout le monde exprime ses vœux de Pâques en ukrainien.

Nous prenons le petit-déjeuner, qui est presque un repas ici. De fait, aujourd’hui, nous ne prendrons notre prochain repas que vers six heures du soir.

Puis Benedict, Jozef, Maciej, Bogdan (un ami bénévole) et moi-même partons vers des lieux particulièrement importants et bouleversants.

Nous avons d’abord visité le grand séminaire de Kiev (Worzel), qui se trouve dans une forêt, à la campagne, à quelques kilomètres de la ville. Nous sommes accueillis par le recteur, le Père Ruslan, un jeune homme mince, en soutane et polaire, ainsi que par quelques bénévoles et personnes qui travaillent avec lui pour l’aide humanitaire aux familles. Le séminaire a été pillé par les Russes, qui ont pris tout ce qu’ils voulaient. Une bombe à dispersion est tombée dans la cour du séminaire, dont les effets nous ont horrifiés. Des éclats d’obus sont entrés par les fenêtres et ont atteint la Vierge de Fatima, lui arrachant la tête. Nous avons vu le trou du projectile dans la cour et son pouvoir destructeur.

 

Le père Ruslan ainsi que des bénévoles nous accompagnent toute la journée vers le lieu suivant, à savoir le camp des Russes dans la forêt, ceux qui sont responsables des massacres de Boutcha. Nous nous frayons prudemment un chemin à travers les arbres. Nous retrouvons tout dans l’état où ils l’ont laissé il y a 15 jours : les excavations et les installations provisoires. Tout nous laisse absolument sans voix et le cœur traversé de questions sans réponse : comment des êtres humains peuvent-ils en arriver à de telles atrocités en plein 2022 ? Ce n’est ni un film, ni un reportage en noir et blanc sur 1942, ni une biographie sur Auschwitz. Les Russes sont partis il y a quinze jours et rien que d’y penser, ça fait dresser les cheveux sur la tête. Il y a des fruits dans les caisses, une cafetière, des chaussettes suspendues, des bouteilles de vodka vides, des bottes sur le sol, des cartons russes contenant la nourriture, des comprimés de vitamines, etc. etc…. Nous avançons prudemment sur ce terrain au cas où ils auraient laissé des mines, mais nous voulons voir et témoigner afin de pouvoir dire au monde ce que nous avons vu. C’est une histoire réelle et non de la science-fiction. Le cœur se tord, indigné, comme percé par une bombe à dispersion de la tête aux pieds. Mon Dieu ! Comment est-ce possible ? C’est d’ici qu’ils se sont rendus dans les villages voisins et ont commis des atrocités. C’est ici qu’ils ont reçu l’ordre de leurs supérieurs de faire librement ce qu’ils voulaient. Je parle à Jozef tout en réfléchissant à voix haute : eux aussi ont une mère, une sœur, des grands-parents, des enfants. Alors comment peut-on blesser la vie à ce point… ? Nous nous tenons en silence et prions. Nous avons emprunté le chemin de l’horreur dans les rues de Borodzianka, Boutcha et Irpin. Je ne peux pas décrire avec des mots ce que nous avons vu, vous allez voir quelques images, et je vous demande de ne pas détourner le regard, car ce film est réel et les victimes méritent que nous regardions, que nous nous réveillions et que nous en prenions conscience. Il y a des chars détruits, des maisons brûlées, des immeubles en ruine, des hôpitaux vidés, c’est un spectacle sinistre, démoniaque… des ponts détruits, des voitures défoncées. On a le sentiment d’être les témoins privilégiés et sidérés que les Hitler et les Staline, les Mussolini et les Pinochet, les Kadhafi n’ont pas disparu de la surface de ce monde, même si on a du mal à le croire. Hitler a également été salué comme un sauveur par une immense foule en liesse. De grâce, je ne supporterai pas que l’on justifie cette horreur par une quelconque bonté idéologique.

Dans le centre de Boutcha, là où les corps de 98 personnes abattues dans les rues ont été déposés, nous avons prié avec émotion sur le site de la fosse commune. C’est de là que nous envoyons nos vœux de Pâques à tout l’Ordre. Depuis ce tombeau vide et concret, Jozef, Benoît, ainsi que Marek qui est resté à la paroisse, et moi-même, nous exprimons la communion de tout le Carmel ukrainien avec l’ensemble de l’Ordre.

Près d’une porte, sur le sol où gisait le cadavre d’un vieil homme, quelques fleurs jaunes ont été déposées. Nous invoquons Marie et nous prions pour chacun d’eux. Le Christ a vaincu la mort. Le Christ est ressuscité. Ils ne sont pas ici, ils sont désormais dans la maison de la vie. Ils jouissent de la paix de Dieu dans la demeure éternelle.

Je donne l’accolade à Ruslan, le jeune recteur qui nous a si gentiment accompagnés, et qui a été en contact avec tous les protagonistes et avec les familles des victimes, et nous nous assurons mutuellement de notre prière commune. Je lui dis que le Carmel priera pour les 25 séminaristes de Kiev et pour lui. C’est une accolade très chaleureuse.

Nous nous rendons à la paroisse d’un prêtre dehonien, Tadeusz, qui est resté ici aux heures les plus difficiles, à Irpin, l’une des villes massacrées. Il nous montre sa chapelle, dédiée à Sainte Thérèse de Lisieux. Pour chauffer sa paroisse, nous lui donnons une cheminée, que nous avons transportée toute la journée dans la camionnette de Maciej.

Nous rentrons afin que je puisse participer à une émission de radio argentine. Ensuite, nous rendons visite à Veronica et Alejandro, membres du Carmel Séculier de Kiev. Ils nous accueillent si chaleureusement dans leur humble maison, qui a également été touchée par une bombe à dispersion. Veronica nous parle avec grand enthousiasme du Carmel Séculier et nous offre quelques cadeaux, ainsi qu’un livre publié en ukrainien contenant des textes des Saints du Carmel, une des rares publications en ukrainien sur nos saints. Son enthousiasme est contagieux. Nous prions pour tout le Carmel Séculier à Kiev et en Ukraine.

Nous retournons à la paroisse. Il se fait très tard. Le couvre-feu est fixé à 22 heures. Notre accolade est très chaleureuse.

Je suis très heureux de les voir réconfortés. Je suis très heureux d’être venu à Kiev et de m’être laissé toucher par le témoignage de nos frères, par leur présence paternelle et fraternelle auprès des personnes simples. Mes frères, vous êtes un sacrement vivant de la proximité inconditionnelle de Dieu envers chaque être humain. Que Dieu vous bénisse ! Je suis fier de vous. Nous vous disons au revoir, et je leur souhaite, en polonais, bon courage.

Nous quittons Kiev avec difficulté. Le GPS ignore les barricades et les routes bloquées. Au bout d’un moment, nous parvenons à sortir de la ville. Nous n’avons plus d’essence, nous en avons juste assez pour 40 km, et il nous reste environ 150 km à parcourir. Jozef prie l’Esprit Saint et me dit qu’il ne lui a jamais fait défaut. Nous passons devant de nombreuses stations-service, toutes fermées. Il est déjà bien tard. Je m’imagine en train de dormir dans la voiture. Mais en passant devant une station-service, nous apercevons une petite lumière et nous obtenons, non pas 20, mais 30 litres. Le pompiste se confie à Jozef. À la fin, il fait un geste de prière avec ses mains.

Avant d’arriver, nous franchissons de nombreux checkpoints militaires. Ils nous demandent nos papiers. Nous prions les vêpres et les complies. Nous prions pour toutes les personnes que nous avons rencontrées, nous prions Dieu pour la paix et la fin de tant de mal. Notre voyage nous conduit, après 4 heures de route, à Gwozdawa, une paisible maison de campagne, où les frères célèbrent quotidiennement avec la centaine d’habitants du village.

Nous sommes accueillis par Maksymilian, le supérieur. Il est très tard, plus de 23 heures. La journée a été épuisante, très forte et bouleversante.

Le Christ Ressuscité soigne la terre d’Ukraine, soigne ses blessures. Il soigne notre monde.

 

Aujourd’hui, jour de silence ! C’est une expérience bouleversante de vide profond, dans la douceur blessée de Marie, la Mère ; ainsi que dans le cœur de toutes les mères, qui sont les veilleurs de ce monde, qui au milieu de tant de douleur gardent toujours espérance. Quel jour bouleversant ! Il est comme un abîme de silence, qui renferme quelque chose que nous ne connaissons pas encore, mais qui est toujours un germe, qui va se lever… car il se lève toujours.

Il est un peu moins de huit heures du matin à Berdichev et nous saluons le Seigneur et sa Mère dans la basilique. Nous nous préparons pour le voyage vers Kiev.

Vitaly et son frère Olek me conduisent. Il faut compter trois heures, mais cela dépendra de la circulation et des difficultés à l’entrée de la ville. Nous passons certains checkpoints sans difficulté.

On nous informe que des tirs d’obus ont eu lieu sur Kiev.

Des amis d’Espagne et d’ailleurs nous préviennent du danger que représente Kiev…

Nous nous arrêtons pour prendre un café et de l’essence. Nous n’avons le droit d’acheter que 20 litres d’essence à la fois, mais la jeune fille qui nous sert est de la paroisse et du coup nous pouvons faire le plein. De plus, Vitaly est « célèbre » dans ces régions.

Pendant tout le trajet, notre conversation demeure toujours animée.

À mesure que nous approchons de Kiev, nous voyons l’horreur de la guerre, les tanks, les camions, les maisons, les immeubles brûlés et criblés d’impacts de balles, comme vidés de leur âme. Ces maisons et ces épaves de véhicules ont une odeur de samedi saint désolée, sans vie, sans résurrection apparente.

Nous faisons un détour pour entrer dans Kiev, pour éviter la route principale. C’est un détour d’environ 30 km.

Nous arrivons à notre paroisse de Kiev, où nous sommes accueillis par fr. Jozef. Quelle joie de pouvoir le saluer ! Quelle joie d’être arrivés et d’être ici ! Le fr. Marek, le curé et prieur, est là aussi. Ainsi que fr. Benoît, qui est chargé de l’aide humanitaire et des soins aux soldats. Ce sont les trois Carmes présents à Kiev. Un prêtre polonais, Maciej, qui possède une organisation internationale et apporte de l’aide humanitaire en Ukraine est aussi ici là aujourd’hui. De même, un père et son fils, Andrzej et Daniel, sont hébergés ici suite à la destruction de leur village.

La rencontre avec les frères est joyeuse. Nous déjeunons avec Jozef et Marek. Ils nous racontent beaucoup de choses sur la guerre et le travail pastoral de ces semaines. Marek décrit les horreurs de la guerre et montre des photos des bunkers, des soins aux malades et de son intense activité comme curé. Pendant un moment, notre paroisse fut la seule paroisse catholique de Kiev. Lorsque Mère Teresa de Calcutta est venue ici après avoir reçu le prix Nobel de la paix, elle a demandé à assister à une messe et a été conduite dans notre église. Elle est petite et accueillante. J’accompagne Jozef pour la bénédiction de la nourriture. C’est une coutume typique de ce pays : les premiers aliments de Pâques, les friandises, les œufs de Pâques et autres produits. Swieta a apporté des œufs de Pâques pour les frères. Elle m’embrasse chaleureusement et me demande ma bénédiction.

Nous sortons pour voir l’évêque de Kiev, Mgr Vitaly. Il nous reçoit dans une pièce simple. Il est jeune, très cordial. La conversation est très cordiale. Il me remercie beaucoup d’être ici et est très reconnaissant pour le service pastoral et le dévouement des Carmes en Ukraine. Nous discutons de la situation et de l’Église en Ukraine. Je lui dis la prière du Carmel du monde entier, pour lui, pour l’Église et pour le peuple ukrainien.

Jozef me demande si j’avais quelque chose à lui offrir. En partant, je dis au Seigneur : « Voyons voir… Qu’est-ce que je peux bien lui donner vu que je n’ai plus rien de particulier dans mon sac… ». Pendant que je parle à l’évêque, je réfléchis, je fouille dans mon sac et je découvre alors que j’ai une relique de la Petite Thérèse, de ses cheveux. Je la lui offre et il nous dit que c’est sa sainte préférée… Humour du Seigneur !

Nous faisons le tour du centre-ville, de la célèbre place Maidan, la place de l’indépendance de l’Ukraine, où 98 personnes ont été tuées en 2014. Nous nous rendons sur le lieu de mémoire des soldats tombés au combat et prions pour eux.

Je suis de tout cœur avec tout l’Ordre, en cette nuit.

Souvenons-nous de la Syrie, du Burkina Faso, du Pérou, de la Colombie, du Congo, du Liban, de l’Irak…

Soyons UN dans notre prière… pour la VIE QUI NE MEURT PAS et qu’aucune bombe ne peut détruire…

Cette venue à Kiev est une étape différente de Berdichev, parce qu’ici l’horreur de la guerre est encore plus manifeste… Les marques fument encore, et les personnes en témoignent constamment… Je ne peux pas raconter dans cette chronique tout ce que j’ai entendu. L’un des frères m’a demandé si cela me dérangeait qu’il me parle de ces horreurs. Je lui ai répondu que cela ne me dérangeait pas… Ce fut une très longue conversation. J’omets bien des détails. Les frères ici sont en contact avec les aumôniers qui accompagnent les soldats, et ils confessent eux-mêmes des soldats. Je leur ai remis environ trois cents chapelets pour les soldats.

La célébration de la Vigile est simple et émouvante. La chapelle m’est apparue comme une petite arche de Noé, un lieu de salut. La Liturgie commence dans la rue avec un simple feu, et un froid glacial. Nous parvenons avec difficulté, après plusieurs tentatives, à maintenir allumée la flamme du cierge pascal.

Je prêche et Jozef traduit en ukrainien.

À la fin de la célébration, les chants raisonnent dans une joie partagée. Une longue file de personnes fait la queue pour une accolade, une bénédiction, et me remercier pour ma présence. Une jeune femme me dit que sur son lieu de travail, il y avait 400 personnes, que 200 d’entre elles se sont réfugiées dans un endroit sûr, et que ma venue était un signe particulier pour elle. Des couples et des familles viennent pour être bénis et embrassés. Je n’ai pas l’impression d’être dans un lieu de guerre, il y a un très fort sentiment de communion et de connivence… Une jeune femme me dit avoir perdu sa maison à Marioupol et maintenant elle aide les autres… Un jeune soldat me demande une bénédiction avant de partir au front. Je lui donne mon chapelet.

La journée s’achève par une conversation amicale de deux heures avec Jozef, Marek, Benedict, le Père Maciej, Andrzej et Daniel (père et fils). Quel moment intense en terme d’expériences de vie ! Combien ils ont besoin de raconter ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils savent… Combien ils sont reconnaissants de ma présence ici. Je leur dis que l’Ordre tout entier est ici avec eux.

Cette journée se termine. Demain, nous irons visiter Boutcha, la ville du massacre. Mais aussi dans d’autres villes parmi les plus dévastées, au séminaire et dans d’autres lieux. Mais demain est un autre jour. Aujourd’hui, dans les personnes de Kiev, le Seigneur Jésus m’est apparu ressuscité, souriant, et Il m’a béni avec son sourire… une jeune fille m’a béni spontanément.

À Berdichev, j’ai entendu les sirènes cinq fois, et à Kiev une seule fois, en sortant de l’évêché. Mais plus personne ne descend dans les bunkers. Si quelque chose doit tomber, ça tombera, si quelque chose doit arriver, ça arrivera. Mais aujourd’hui, le Christ est ressuscité pour moi dans la foi d’un peuple, dans son espérance. Quelle chance j’ai d’être ici, et que vous aussi soyez ici avec moi !

JOYEUSE PÂQUE DE LA RESURRECTION… Il est ressuscité mon Amour et mon Espérance.