C’est dans une atmosphère de fraternité que nous avons célébrée, le 23 mars, l’Eucharistie marquant la Journée du Carme Séculier, à l’occasion de son 429e anniversaire. L’Eucharistie a été présidée par le Père Victorino Bal, Assistant des Communautés OCDS de notre pays, en compagnie du Père Javier, le curé de notre paroisse.

À la fin de la messe, les Séculiers ont reçu une bénédiction spéciale de la part de nos deux prêtres, puis ils ont été invités à entrer dans le couvent, où les frères avaient préparé un banquet à leur intention.

Le frère Victorino nous a dit que le partage fraternel entre toutes les branches du Carmel est vital, car il permet de cultiver la joie et l’amitié du charisme thérésien, pour ensuite les partager avec notre prochain.

 

Le dimanche 19 mars 2023, le Délégué Provincial de l’OCDS, le Père Alex Collera OCD, a présidé, dans la chapelle des Carmélites de Upper Camaman-an (Oro City), la célébration eucharistique de l’érection canonique de communauté St Joseph et St Jean de la Croix, en présence d’une nombreuse assemblée.

 

La communauté OCDS du Bienheureux Marie-Eugène, née il y a 6 ans à Boars Hill, Oxford, Angleterre, car la communauté St Élie était devenue trop grande. Cinq membres se sont sentis prêts et poussés à former une nouvelle communauté. Celle-ci a été officiellement érigée le 4 mars 2023. La célébration a été présidée par le Père Matthew Blake, Délégué Provincial de l’OCDS, et concélébrée par plusieurs frères de la communauté de Boars Hill, en présence de notre Présidente Nationale Annette Goulden, de notre Régional Cyprian Blamires, ainsi que de personnes en ligne. Un déjeuner et des réjouissances ont suivi cet événement important, marqué par une marche jusqu’à la porte du couvent, symbole du nouveau chemin de notre communauté. Nos valises sont prêtes !

Deux semaines plus tard, le dimanche de Laetere, Mgr Philip Egan, évêque de Portsmouth, est venu visiter notre paroisse de St John the Evangelist à Wallingford, dans l’Oxfordshire. Il a été agréablement surpris de recevoir une copie du document officiel portant son nom et signé par notre Supérieur général, le Père Miguel Marquez, OCD et le Père Ramiro Casale, OCD, Délégué général de l’OCDS.

 

Samedi 25 février 2023

Destination : Alep

 

Après avoir célébré en Irak les 400 ans de présence carmélitaine sur la terre d’Abraham (du 17 au 24 février), dans une joyeuse communion avec les chrétiens d’Irak et toute la famille carmélitaine, avec des frères et des laïcs venus de France, d’Égypte, du Liban et d’Italie, avec l’archevêque latin de Bagdad, Mgr Sleiman OCD, je pars pour la Syrie… Je parcours le Moyen-Orient en compagnie du P. Christophe-Marie, définiteur français.

Nous nous envolons pour Beyrouth, au Liban, le célèbre pays des cèdres, dont la Bible chante la beauté et la gloire. La présence du Carmel ici est bien vivante et riche : plusieurs communautés de frères, deux communautés de Carmélites Déchaussées, plusieurs communautés du Carmel Séculier, des écoles, des centres de formation, un engagement fort au sein de la Caritas Nationale, etc. C’est une terre durement touchée par une crise économique brutale aux conséquences très dures. Il y a une forte immigration liée à la guerre en Syrie et dans d’autres pays. Nous avons profité de notre voyage en Syrie pour rejoindre les frères de la Semi-province du Liban, réunis en assemblée plénière pour discuter du rôle et des défis de la formation, dans le cadre de la préparation du Chapitre provincial.

Nous arrivons dans la soirée du 24 février à Hazmieh (Beyrouth). Nous célébrons le Chemin de Croix avec les frères et les fidèles, au son de chants magnifiques. Le lendemain, nous nous rendons plus au nord, à Tripoli, dans la communauté de Mijdlaya. Après le déjeuner, nous entamons notre voyage vers la Syrie. Le père Raymond, Provincial, nous conduit. Il est rompu aux aventures des voyages en Syrie.

Il nous a fallu environ une heure pour arriver à la frontière et une autre heure pour passer les trois ou quatre postes de contrôle libanais et syriens. Enfin, grâce aux efforts et à la compétence de Raymond, nous pénétrons en territoire syrien. Les contrôles militaires et policiers sont constants. Il est 14h45.

Nous sommes accueillis par sœur Anne, Prieure des Carmélites d’Alep, qui est venue nous chercher avec Levan, notre chauffeur. Nous avions rendez-vous à Homs, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Levan nous raconte l’aventure de ces jours-ci. Depuis le tremblement de terre, lui, sa femme et leurs deux enfants dorment dans une voiture semblable à celle dans laquelle nous nous trouvons. Cela fait maintenant trois semaines que leur voiture leur sert de refuge pour la nuit.

Nombreux sont ceux qui n’ont pas regagné leur domicile. Environ 800 personnes ont été hébergées par les Maristes, près d’un millier par les Salésiens, et beaucoup dorment dans leur voiture. Ils pénètrent dans leurs maisons le jour, mais la nuit, ils ont peur. D’autres secousses sismiques se sont produites à plus petite échelle.

En arrivant en Syrie, nous découvrons un paysage difficile à définir : des kilomètres interminables de villes ravagées par la guerre, tels des squelettes sans âme. Dans certaines villes ou villages, nous voyons des gens assis par terre qui discutent, des enfants qui jouent. Très souvent, on aperçoit de petits troupeaux de moutons. Le soleil se couche vers 18h30.

Nous arrivons au monastère des Carmélites à 20h30. Nous sommes accueillis par deux femmes réfugiées et une jeune fille qui nous aident à rentrer les fruits et les colis que nous avons apportés. Elles nous souhaitent la bienvenue. Elles nous disent que notre présence illumine Alep (salutation arabe typique).

Nous échangeons avec les sœurs de manière joyeuse. Elles sont très heureuses de nous rencontrer. Elles nous racontent quelques-unes de leurs impressions de cette période, celles du jour du premier tremblement de terre, à 4 heures du matin. Tout le monde est sorti dans la rue tel qu’il était, en pyjama, pieds nus. Il pleuvait, il faisait très froid. Ceux qui le pouvaient se sont abrités dans leur voiture. Ils ont très peur de rentrer chez eux.

Les Moniales ont immédiatement accueilli les personnes et les familles qui demandaient à être reçues ici. Actuellement, une cinquantaine de personnes vivent dans l’enceinte du monastère.

Les sœurs nous racontent que dans le chœur, lors de la deuxième secousse, la statue de la Vierge s’est déplacée vers l’avant, de même que le vase de fleurs. Elles étaient paralysées. Sœur Hilda rapporte qu’avant le tremblement de terre, leur chien est entré dans sa chambre très agité et, grimpé sur le lit, il lui a donné des coups de pattes, comme s’il voulait lui dire quelque chose. Elle l’a chassé du lit et continué à dormir. Le chien est alors demeuré près du lit, se contentant de gémir. Quelques minutes seulement après cette réaction du chien, le tremblement de terre a commencé… les chiens et leur sixième sens…

Il est 20 heures et les sœurs nous ont préparé un délicieux dîner avec les produits de la région et des pâtisseries traditionnelles. Il y a une cheminée dans le salon et deux chambres joliment décorées. Ce magnifique accueil contraste avec la désolation qui règne à l’extérieur et dont nous n’avons vu qu’une infime partie.

Nous rencontrons des bénévoles de St. Vincent de Paul, qui sont venus nous apporter de la nourriture. Bien que nous ayons déjà dîné, ils insistent pour que nous recevions également notre part, une sorte d’omelette aux pommes de terre dont ils nous assurent qu’elle est très bonne. Nous acceptons tout ce qu’ils nous offrent.

Nous saluons quelques-unes des familles ici présentes ayant deux ou trois enfants. Plus tard, nous découvrirons qu’il y a un bon nombre de familles avec beaucoup plus d’enfants. Un couple nous demande de l’emmener en Espagne, en Italie ou ailleurs. Ici, ils n’ont rien. Ils nous accueillent avec un grand sourire, nous remerciant de notre présence. Ils nous demandent des prières.

La journée se termine dans l’action de grâces pour avoir pu venir ici et apporter un peu de chaleur et de réconfort.

 

Dimanche 26 février 2023

 

Il fait très froid. Il n’y a pas de chauffage. Le lit est composé d’un ensemble de couvertures et de couettes. Il n’y a pas d’eau chaude dans notre chambre, seulement quand le soleil se lève. Nous apprenons plus tard que vers 5h30, il y a eu un autre petit tremblement de terre. Nous allons prier avec les sœurs. Il est 6 heures du matin et nous entendons le muezzin chanter doucement au loin. La chapelle est calme et dispose d’un peu de chauffage. C’est une chapelle très sobre et très belle qui invite au silence. Elle a été conçue par Sœur Hilda, une architecte.

Quelle joie toute particulière d’être ici avec elles et avec ces familles, même si ce n’est que pour deux jours. C’est le sentiment d’être au bon endroit, de signifier la présence de tout l’Ordre, de réconforter et d’entrer dans le silence de leur prière intime avec Jésus souffrant et sous leur tente ouverte sur le monde.

Nous rencontrons l’une des familles : Mirna, Hana, Satina, George. Satina fait des maths, elle est en CE2. Il lui reste une année à faire. Elle est très maigre. Elle nous demande, presque en larmes, si nous pouvons l’aider à quitter la Syrie : « il n’y a pas d’avenir ici ». Nous n’avons pas de mots, pas de réponse. Seulement la prière. La plupart voudraient partir d’ici, de cette horreur. Mais qui reconstruira la Syrie, qui se battra de l’intérieur pour relever les ruines et faire germer un espoir qui ne peut venir que du peuple syrien lui-même ? Comment reconstruire tant de destructions ?

Nous parlons à d’autres réfugiés : Mina, Nayla, Ghada, Daud. Mina travaille à la Caritas et se rend d’ici sur son lieu de travail tous les jours. Nous parlons à sa mère et à sa tante. Mariam, peut-être la plus jeune des réfugiées, ne nous quitte pas d’une semelle, avec son sac à main de vieille dame. Elle est issue d’une famille musulmane. Michel et Marie, avec leur fils Gad, nous accueillent à notre arrivée. Ils nous demandent également si nous pouvons faire quelque chose pour les aider à quitter le pays.

Nous rencontrons des enfants qui ont fait d’un arbre leur abri privé, en l’entourant d’une sorte de muret, avec sa porte d’entrée. Grimper dans l’arbre est aussi une aventure, et l’un d’entre nous y participe, à la plus grande joie des enfants.

À 16h00, nous nous rendons au Vicariat Apostolique des Latins d’Alep. Le Vicaire, Raymond Girgis, qui est franciscain, nous accueille. Il est spécialiste en droit canonique pour les Églises orientales. Nous avons une conversation passionnante. Un prêtre argentin de l’Institut du Verbe Incarné, Hugo Fabián Alániz, se joint à nous. Il raconte : la peur s’est emparée de la population. Ils ont accueilli 130 personnes ici lors du premier tremblement de terre et 170 lors du second. Les Franciscains qui sont à côté en ont reçu 4 000.

Raymond célèbre la messe le dimanche chez les Carmélites. Il nous dit qu’il ne faut pas perdre espoir. Il encourage vivement les personnes à ne pas quitter le pays, à travailler ensemble pour améliorer la situation. La guerre continue de marquer la vie de ce pays. Le service militaire emporte une grande partie de la jeunesse. Il est obligatoire à partir de 18 ans et dure huit ans.

Raymond nous demande de rencontrer le Nonce, le cardinal Mario Zenari, qui vit à Damas. Je lui téléphone et il m’en est très reconnaissant.

Nous avons exprimé notre proximité avec nos sœurs dans leur livre d’or, témoignant des sentiments de tout le Carmel, moniales, frères et laïcs, à leur égard :

« C’était un rêve de venir à Alep pour vous rendre visite et pouvoir partager avec vous la joie de notre vocation. Je remercie Dieu pour ces deux jours ici dans votre maison ouverte à tous les réfugiés. Vous êtes, dans votre faiblesse, une parabole de l’Évangile du Carmel, un humble témoignage de la façon dont Dieu est maison et est demeure pour ceux qui ont peur et qui sont en désolation. Que Dieu soit pour chacune de vous source, maison, nourriture, espoir et amour pour toujours. Je suis fier de votre offrande et de votre présence ici. Continuez à donner la vie avec enthousiasme et simplicité. Vous avez été pour moi un don d’espoir et de foi que le Carmel renaîtra selon le cœur de Dieu. En profonde communion, chaque jour dans l’Eucharistie. Dieu vous bénisse. »

 

 

Lundi 27 février 2023

 

L’aube de notre dernier jour à Alep se lève. Peu après 5 heures du matin, nous entendons à nouveau le muezzin de la mosquée. On dirait une longue plainte, mais c’est très beau. L’électricité revient à ce moment-là.

Nous ne voulons pas quitter Alep sans avoir visité la ville, en particulier les zones les plus dévastées. Le monastère des Carmélites est très bien construit et n’a subi que peu de dégâts. Mais des témoignages nous parviennent sur des quartiers dévastés.

Le frère George Seba, mariste, a accepté de nous faire visiter Alep. Jamais je n’oublierai le souvenir de cette expérience. Pendant trois heures et demie, nous avons marché dans les rues d’Alep, les yeux grands ouverts et l’âme en émoi. Nous avons d’abord traversé des jardins remplis de tentes, de fourgonnettes et de camions transformés en mobile homes, de longues files d’attente pour aller chercher du pain ou de la nourriture, de nombreuses personnes dans les rues et assises dans les parcs.

Nous nous dirigeons vers la partie de la ville la plus touchée par la guerre et le tremblement de terre. Les destructions dues à la guerre sont sans fin. Immeubles et maisons criblés de balles et en ruines. Nous demandons à George de nous expliquer ce qui est dû à la guerre et ce qui est dû au tremblement de terre.

Parmi tous ces bâtiments dévastés, nous voyons des enfants qui jouent, des personnes qui font leur marché, des hommes qui boivent le thé dans la rue, des femmes voilées qui vont et viennent, un garçon avec son petit frère sur leur vélo, d’autres qui prennent un verre sur une terrasse à côté de la Citadelle d’Alep… On a l’impression que la vie se réveille au milieu des décombres et qu’elle repart, sans s’enfuir.

Nous visitons également une boutique traditionnelle où l’on trouve des montagnes de savon d’Alep. On y retrouve tout le charme du Moyen-Orient. George nous a préparé un paquet avec quelques savons. Pendant ce séjour, nous avons fait l’expérience de l’accueil, de la gentillesse, des sourires. On a allumé une cheminée pour nous, on nous a donné du savon, des femmes réfugiées nous préparent chaque jour un plat typique. Avec les Carmélites, nous ne nous attardons pas trop sur la tragédie, même si nous leur demandons comment elles l’ont vécue et comment vont leurs familles. Avec elles, nous avons surtout prié, visité le monastère, ri en se racontant ces anecdotes qui apaisent et apportent cet air du Carmel qui réconforte et aide à se relever encore et encore. Avec elles, pendant deux jours, nous avons célébré l’Eucharistie. Au moment de la consécration, il était bouleversant de les voir se prosterner jusqu’à terre en signe d’adoration. C’est une vie livrée dans un ‘oui’ inconditionnel. Ce sont des femmes fragiles et sans défense, qui sont ici depuis tant d’années comme une présence silencieuse et accueillante. Elles sont courageuses et simples, sans aucune forme de prétention. Elles ont recueilli les balles qui tombaient dans leur monastère, puis en ont fait un chapelet. Elles nous montrent également une boîte remplie d’autres projectiles, le célèbre missile tombé dans le verger sans exploser. Depuis la terrasse, on peut voir certains minarets de mosquée décapités.

Avec nos sœurs, nous avons fait l’expérience d’une fraternité de famille et de cet air thérésien où des frères s’épaulent mutuellement et se soutiennent. Voici les noms des sœurs qui vivent et offrent leur vie ici à Alep, afin que vous puissiez prier pour elles et avec elles :

Marie-Thérèse KHACHO, Syrie

Mariam QREIT, Syrie

Anne-Françoise MAURIN, France

Anne BONNET, France

Hilda GHAZZI, Syrie

Mary ROUFAIL, Syrie

Laetitia PEYRARD, France

Marie-Élisabeth KHORANI, Irak

J’ai senti à l’oraison, alors que nous partagions le silence, que ces deux jours ont renforcé ma foi ; que leur prière persévérante m’a donné de la force ; que ce sont elles qui nous ont visités ; qu’elles nous ont confirmé dans la nécessité d’avancer, au milieu de tant de guerres et de secousses telluriques, ainsi que dans la nécessité de construire un Carmel qui dise ‘oui’, avec l’audace de ces femmes. Partout où il y a une communauté de Carmélites Déchaussées détachées d’elles-mêmes, joyeuses, défiant la peur et ne cherchant pas la sécurité, accueillant dans leur oraison et leur dévouement l’histoire blessée de tant de personnes, partout où il y a un seul monastère comme celui d’Alep, je me sens très fier d’être Carme et fils de Sainte Thérèse.

Veille sur chacune de mes sœurs, protège-les, donne-leur le réconfort intérieur de cette confiance dont tu as revêtu tes fils et tes filles les plus marginalisés. Unie à cette grande famille de réfugiés et à tout le peuple maltraité de Syrie, ne nous permets pas d’oublier tout ce que nous avons vu et entendu, l’espérance que nous ont donnée ceux qui marchent parmi les ruines et qui aspirent à une terre de paix et de bonheur.

Sur notre route de retour vers le Liban, nous avons visité une autre ville importante et tout aussi dévastée, celle de Homs, située à mi-chemin de la frontière. Le Père Tony Homsy sj, le jeune supérieur, nous accueille dans la maison des Jésuites d’Homs, là même où le jésuite Frans Van Der Lokht a été assassiné en 2014. Originaire de Hollande, il vivait en Syrie depuis quarante ans et était un homme très engagé. Nous nous recueillons sur sa tombe, dans un silence rempli de respect pour la vie de ceux qui se donnent jusqu’au bout. Nous nous souvenons de tous les chrétiens qui sont morts en Syrie, en Irak et au Moyen-Orient, ou qui ont été contraints d’émigrer au loin, à cause de leur foi. Nous prions pour tous ceux qui ont perdu la vie dans cette guerre et ce tremblement de terre. Que Dieu vous accueille dans sa paix, dans la plus belle des demeures que nous puissions imaginer.

Thérèse de Jésus affirmait que nous sommes les pierres de fondation de ceux qui viennent après nous… Que Dieu fasse de chacun d’entre nous une pierre qui édifie, reconstruise et redresse la vie de tous les hommes. Plus puissante que toutes les guerres et tous les tremblements de terre est la force de la prière, la force de la communion et de l’espérance qui jaillit du sourire ressuscité de ceux qui n’ont plus rien à perdre et dont la seule richesse est de donner. Véritables incarnations du Ressuscité, ils nous font croire, eux, contre toute espérance, à la Terre Promise dès aujourd’hui.

 

Miguel Márquez Calle, OCD

Rome, le 25 mars 2023

Solennité de l’Annonciation du Seigneur

 

400 ans que les frères carmes déchaux ont posé le pied sur cette terre de l’Irak. Ce fut à Bassorah au sud de l’Irak non loin du Golfe Persique. Si la Mission est sous la responsabilité de la Province de Paris, il n’en fut pas toujours ainsi puisque le fondateur était portugais : Basile de Saint François. La première messe fut célébrée le 9 juillet 1623 et nous, famille carmélitaine, frères, Carmel Séculier, Carmélites de Saint Joseph, consacrées, porteurs du scapulaire et amis du Carmel nous avons célébré une messe d’action de grâces le dimanche 19 février 2023 sous la présidence de notre frère Jean Sleiman, archevêque de Bagdad des latins.

Nous avons pu aller en pèlerinage au source de notre foi en allant à Ur de Chaldée, y découvrir une ziggurat ainsi que la maison d’Abraham.

Nous avons continué notre chemin en nous rendant à Bagdad pour partager tous ensemble sur ce dont le Carmel a pu témoigner toutes ces dernières années et aussi inauguré un buste en l’honneur du premier carme irakien : Père Anastase-Marie de Saint Elie 1866-1947 grand savant de la langue, la littérature et la philosophie arabes.

 

Après le tremblement de terre du 6 février, toutes les moniales d’Alep sont saines et sauves. Grâce à Dieu, leur monastère était bien construit et n’a subi aucun dommage structurel. Huit moniales y vivent actuellement.

Leur maison a toujours été ouverte, même aux pires moments de la guerre. Elle a toujours accueilli tout le monde, tant les musulmans que les chrétiens. Jusqu’à il y a un an et demi environ, une famille de dix enfants qui avait tout perdu pendant la guerre y était hébergée.

Après le tremblement de terre, les sœurs ont accueilli 10 familles dans leur monastère, si bien qu’aujourd’hui, une cinquantaine de personnes y vit. Leurs prières se sont traduites concrètement en aide matérielle pour ceux qui souffrent le plus, même si les sœurs sont elles aussi en grande difficulté : leur monastère n’a pas subi de graves dommages, mais comme le reste de la population, le tremblement de terre les a laissés sans électricité et sans eau, avec des températures en dessous de zéro en raison de l’hiver rigoureux dans la région d’Alep.

Si vous souhaitez les aider, vous pouvez faire votre don ici :

 

Nom du compte: Casa Generalizia dell’Ordine dei Padri Carmelitani Scalzi

Adresse (du compte): Corso d’Italia 38 – 00198 Roma

 

Banque: FINECO BANK

Adresse: Piazza DURANTE 11 – 20131 MILANO

IBAN: IT52S 03015 03200 00000 3646278

SWIFT (BIC) Europe – zone SEPA: FEBIITM1

SWIFT (BIC) en dehors de la zone SEPA: FEBIITM2

Objet (à indiquer) : MONALSY – TERREMOTO

 

Le P. Norberto Pozzi, 71 ans, de la province de Gênes, est parti dans les années 1980 pour la République Centrafricaine, où il a travaillé pendant huit ans dans la mission de Bozoum comme maçon-géomètre. De retour en Italie, il devient Carme et retourne en 1995 dans la capitale centrafricaine, Bangui, comme missionnaire et travaille avec beaucoup de force et de courage dans les villages de brousse.

Le 10 février, alors qu’il se rendait au village de Bokpayan, à 22 km de la mission de Bozoum, il a été blessé par l’explosion d’une mine, alors qu’il voyageait en compagnie de cinq autres personnes. Au passage de sa voiture, la mine a explosé du côté du conducteur, à savoir le P. Norberto. C’est lui qui a le plus gravement été blessé : il a les deux jambes fracturées, mais l’explosion a causé beaucoup de dommages à la jambe gauche. Une moto l’a transporté à l’hôpital de Bozoum où il a subi une intervention chirurgicale pour nettoyer la blessure et enlever les éclats d’obus. Il a été transporté par hélicoptère à Bangui (Centrafrique), puis par vol militaire à Kampala (Ouganda), où on a dû l’amputer du pied gauche. Le 21 février, il est arrivé d’urgence en Italie dans l’espoir d’arrêter la nécrose de sa jambe gauche.

Le Père Norberto, avec son grand désir de vivre et d’aider les autres, veut retourner à sa mission et, si possible, retrouver son peuple en Centrafrique.

Nous le confions à vos prières.

 

Les Carmes Déchaux de Tripoli et le monastère de Saint-François, l’Association Pro Terra Sancta, le Conseil Religion et Sécurité, l’Association Vie et Réconciliation, la Fondation Adyan, le Réseau des chefs religieux de Tripoli et du Nord Liban ont organisé une rencontre interreligieuse dans les locaux de l’école Saint-Élie des Carmes. Elle avait pour titre: « Dialogue interreligieux et Initiative de fraternité humaine. Apprendre et mettre en pratique ». Cette rencontre s’inspirait du document « La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » signé par le Pape François et le Grand Imam d’Al-Azhar, le cheik Ahmad Al‑Tayyeb, à l’occasion du 800e anniversaire de la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan Al-Malik Al-Kamil.

La rencontre comprenait des témoignages de responsables laïcs et religieux et visait à promouvoir l’éducation au dialogue interreligieux et à la paix, ainsi qu’à sensibiliser aux principes et aux enseignements du document sur « La fraternité humaine », en particulier auprès des jeunes générations.

Dans son discours, la directrice de l’école, Mme Rita Salama Faisal, a souligné l’importance de cette rencontre et son impact sur les jeunes, et a souligné que l’école Saint-Élie des Carmes est un bon exemple de coexistence et d’ouverture à l’autre. Elle a aussi appelé de tous ses vœux au renouvellement de l’initiative.

 

Il y a environ deux ans, un groupe de laïcs de différentes cultures a réfléchi à la possibilité de fonder une communauté du Carmel Séculier à Stella Maris, sur le Mont Carmel. Ils ont alors commencé à s’organiser et à se renseigner sur les démarches à suivre pour cette fondation.

Le 28 janvier, dans notre église de Stella Maris, après un temps de discernement, la cérémonie d’admission des candidats s’est déroulée. Ils ont reçu la Bible, les Constitutions du Carmel Séculier et le scapulaire leur a été imposé en signe de la protection de la Vierge Marie du Mont Carmel et de leur entrée officielle dans la période de formation. Au cours des deux prochaines années, ils étudieront la spiritualité et la mission des laïcs au Carmel et dans l’Église.

Nous demandons à l’Esprit Saint d’accompagner ces personnes qu’Il a appelées et de les aider à persévérer afin qu’elles trouvent dans l’OCDS ce que leur cœur désire, à savoir l’union avec Dieu et le service de l’Église.

 

Du 31 janvier au 2 février, plus d’une trentaine de formateurs se sont retrouvés autour de la révision de la Ratio Institutionis. Ils se sont penchés sur les questions liées aux différentes étapes de la formation, ainsi que sur les éléments à réviser dans la Ratio. La première journée fut consacrée au dialogue et au partage des expériences de formation des trois dernières années (la pandémie de COVID-19 ayant empêché des rencontres). L’invité de cette année était le P. Luca Balugani, psychologue. Il a abordé la question de l’affectivité et de la sexualité dans la vie consacrée.

Le dernier jour, un temps de détente fraternel conduisait les participants à l’abbaye de Grottaferrata et au couvent des Carmes de Monte Compatri, où se trouve le corps du Père Jean Jésus-Marie, ocd. L’eucharistie y fut célébrée, le jour où l’Église célèbre la vie consacrée. Notre Père Général, le Père Miguel Marquez, était des nôtres ce jour-là. Après la célébration eucharistique, une conférence présentait le Vénérable Jean Jésus-Marie au participants : promoteur de la béatification de Ste Thérèse d’Avila, troisième Préposé Général de l’Ordre (1611), auteur prolifique, Maître des novices et promoteur des missions dans l’Ordre. Son corps incorrompu se trouve dans l’église du couvent de Monte Compatri.  La présentation du Vénérable était confiée à sa biographe, la Présidente provinciale OCDS d’Italie centrale, Mme Laura Isotton, et au Fr. Basilio Visca, ocd, auteurs de plusieurs publications sur Jean Jésus-Marie.

 

Du 21 au 30 janvier 2023 s’est tenue à Yaoundé la première assemblée conjointe des Conférences de Supérieurs OCD d’Afrique francophone, anglophone et de Madagascar. Ces conférences, qui sont un élément important de la vie de notre Ordre en Afrique, prennent en charge diverses réalités comme la formation commune juste avant la profession solennelle. Pour la première fois, nos deux conférences, représentant 17 pays d’Afrique, se sont réunies ensemble. Nous avons pu ainsi aborder des projets communs, comme l’organisation d’un Congrès carmélitain pour toute l’Afrique en 2025, ou la collaboration pour la formation avec l’échange d’étudiants.

Le Père Général, P. Miguel Marquez Calle, nous a rejoints pour les trois derniers jours. Nous avons pu aussi rencontrer les moniales Carmélites d’Etoudi-Yaoundé et les membres de l’Ordre Séculier du Cameroun, ainsi que célébrer les 25 ans de notre couvent de Nkolbisson, dans la banlieue de Yaoundé.

 

Du 6 au 16 février, nous avons eu la joie d’avoir parmi nous le Père Général, le Père Miguel, ainsi que le définiteur pour le Moyen Orient, le Père Christophe-Marie.

Le 12 février, nous avons inauguré les célébrations du 150ème anniversaire de la naissance de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Le P. Makoul, Délégué, a présidé la célébration, et le P. Général a donné une courte homélie où il mettait en valeur l’enseignement de la Petite Thérèse. L’amour que les Égyptiens portent à Sainte Thérèse est un amour réciproque. Notre basilique est une lumière spirituelle pour toute l’Égypte. Nous, Carmes, sommes appelés à bien accueillir ce peuple dans le sacrement de la confession et l’accompagnement spirituel. La présence du centre de l’Ordre au milieu de nous est un signe de communion et d’unité.

Nous rendons grâce pour cette visite, qui nous encourage à répondre à la question : Quels Carmes Déchaux voulons-nous être en Égypte aujourd’hui ?

 

Le dimanche 15 janvier, le frère Serafino de l’Eucharistie (Melchiorre) a rejoint la maison du Père à l’âge de 90 ans. Né à Gioia del Colle (Italie), le 2 septembre 1932, Serafino Melchiorre a fréquenté l’Académie des Beaux-Arts de Venise. Il fait profession dans l’Ordre des Carmes le 3 juin 1954. Depuis 1955, il est conventuel de la communauté de la paroisse de Sainte-Thérèse à Rome. Frère artiste, élève de Filippo De Pisis, son art l’a amené à participer à des expositions nationales et internationales. Il l’auteur d’œuvres emblématiques telles que des portes d’église, au nombre de 21 dans le monde, notamment celles de Sainte-Thérèse à Rome et de Stella Maris à Haïfa, en Israël.

Les obsèques ont eu lieu le mercredi 18, en l’église Sainte-Thérèse, en présence des membres de sa famille, des frères Carmes des différentes communautés de Rome et d’une grande assemblée.

Nous prions pour lui et pour sa Province.

 

La famille carmélitaine du Centrafrique s’agrandie. Le vendredi 6 janvier, trois jeunes frères (Frère Aimé, Frère Alfred et Frère Wilfrid) ont fait leur profession solennelle entre les mains du Provincial, le Père Saverio. La cérémonie a été très évocatrice, en particulier lorsque les parents de nos trois jeunes, avec les gestes des traditionnels locales, ont offert leur fils à Dieu. Après l’émission des vœux solennels, les 3 frères sont accueillis par la famille carmélitaine avec une accolade. Le lendemain, samedi, nouvelle célébration : nos trois profès sont ordonnés diacres, tandis que Frère Régis est ordonné prêtre.

Le lundi 9, nous nous sommes retrouvés à Bouar, pour une journée de réflexion et d’échange, avec tous les pères profès et les jeunes frères de la Délégation. Nous venions de toutes les maisons : Bozoum, Baoro, Bangui et Bouar.

L’insécurité augmente dans le pays. Les jours précédents, des attaques ont été menées par les rebelles le long de la route entre Bouar et Bozoum. Le mardi 10, à notre arrivée à Bozoum, pour les préparatifs de la Foire agricole, nous avons vu les élèves de l’école primaire fuir l’école : des hommes armés étaient passés près de Bozoum. Malheureusement, il y a beaucoup de peur, presque une psychose, dans tout le pays.

 

À TOUTES LES CARMÉLITES, LE CARMEL SÉCULIER, LES CARMES ET LA FAMILLE DU CARMEL THÉRÉSIEN…

« Donne-nous la paix en Ukraine, Seigneur »

Demain, 24 février, cela fera un an que la guerre en Ukraine a commencé. Un an de l’absurdité, de l’horreur, de la folie et de l’arbitraire de la guerre.

Les mots ne suffisent pas pour décrire la dynamique incompréhensible et perverse de la guerre avec plus de rage et d’étonnement, plus d’indignation et de larmes d’impuissance. Celle de l’Ukraine et toutes les guerres. À cette époque, alors que la guerre venait d’éclater, j’avais invité tout l’Ordre à PRIER UNI, DE TOUS NOS CŒURS et de toutes nos forces.

Aujourd’hui, je t’écris ces lignes depuis l’Irak, depuis la terre de la Genèse, depuis cette création de Dieu, où Il a vu que tout était bon… Depuis la terre d’Abraham, notre Père dans la foi, qui a cru contre toute espérance que la promesse de Dieu s’accomplirait…

Aujourd’hui, j’implore tout l’Ordre, tout le Carmel, d’élever une prière « d’espérance invincible », pour que la paix arrive et pour que notre supplication accompagne nos frères et sœurs en Ukraine. Que l’horreur de la guerre n’anesthésie pas notre prière ardente. Prions en sentant que les bombes tombent sur nos familles, nos enfants, nos frères et amis… prions sans nous boucher les yeux et les oreilles… et faisons-le dans la paix, désarmés de toute vengeance, avec l’épée de la foi « contre toute espérance »….

Je t’invite à t’asseoir avec Marie, comme dans cette chambre haute à la Pentecôte, alors qu’ils avaient encore peur et que les portes étaient fermées. Je t’invite à allumer une lampe et, au sein de la  Famille carmélitaine, à te mettre devant le Seigneur en adoration ou chapelet en main, ou encore dans le silence de la communion.

Sainte Marie, Reine de la Paix, fais taire la guerre et donne-nous la paix à tous, frères et sœurs, tes enfants.

 

P. Miguel Márquez Calle, OCD

Préposé Général